Publié le 15 mars 2024

Face à l’inertie d’un assureur après un dégât des eaux, la convention IRSI n’est pas une contrainte mais votre meilleur levier d’action.

  • La recherche de fuite et les destructions nécessaires sont intégralement prises en charge, sans franchise, même si votre contrat est basique.
  • Le silence de votre assureur peut être transformé en un « accord tacite » qui vous autorise à lancer les travaux à ses frais.

Recommandation : Cessez de subir. Adoptez une posture proactive en utilisant des procédures formelles (lettre recommandée, délais stricts) pour contraindre les assureurs à respecter leurs obligations.

Subir un dégât des eaux est une épreuve. Mais lorsque s’ajoute l’inertie des assureurs, le silence du syndic ou les conflits de voisinage, l’épreuve se transforme en un véritable parcours du combattant. En tant que copropriétaire, vous pouvez rapidement vous sentir isolé, harcelé et démuni face à un système qui semble organisé pour vous décourager. Les conseils habituels se limitent souvent à « faites une déclaration rapide » ou « soyez patient », des platitudes qui ne pèsent rien face à des murs qui s’imbibent d’eau et des assureurs qui se renvoient la balle.

Pourtant, la solution ne réside pas dans l’attente passive, mais dans la maîtrise active des règles du jeu. La plupart des sinistres sont régis par une convention inter-assurances : l’IRSI (Indemnisation et Recours des Sinistres Immeuble). Souvent perçue comme une boîte noire technique, cette convention est en réalité un cadre réglementaire strict et contraignant pour les assureurs. Le connaître, c’est se doter d’un véritable arsenal juridique pour reprendre le contrôle. L’angle de cet article est donc radicalement différent : il ne s’agit pas de vous expliquer passivement l’IRSI, mais de vous montrer comment l’utiliser comme un levier d’action pour forcer la prise en charge, imposer des délais et faire valoir vos droits.

Cet article va décomposer, étape par étape, les mécanismes de l’IRSI que vous pouvez activer. Nous verrons comment financer les destructions, obtenir des accords même en l’absence de réponse, et vous faire rembourser les surcoûts annexes. L’objectif : transformer votre statut de victime impuissante en celui d’un acteur informé et maître de la procédure.

Pour naviguer efficacement dans les méandres de votre sinistre, il est essentiel de comprendre chaque étape clé du processus et les leviers à votre disposition. Le sommaire suivant structure les points cruciaux que nous allons aborder pour vous armer face aux assureurs.

Comprendre la convention IRSI pour les fuites

La convention IRSI régit la majorité des dégâts des eaux en immeuble dont le montant des dommages est inférieur à 5 000 € HT. Son but est de désigner un unique « assureur gestionnaire » pour piloter le dossier et indemniser le lésé rapidement, évitant ainsi les interminables batailles d’experts entre les différentes compagnies. Face à un volume de plus de 1,6 millions de sinistres dégâts des eaux déclarés chaque année en France, ce système vise à fluidifier les procédures. Pour vous, copropriétaire, comprendre ce principe est le premier levier d’action. L’assureur gestionnaire est généralement celui du local sinistré. Si plusieurs locaux sont touchés, c’est l’assureur du locataire qui prime, puis celui du propriétaire occupant, et enfin celui du propriétaire non-occupant (PNO).

Si aucun assureur ne se manifeste ou si les parties se renvoient la responsabilité, vous n’êtes pas démuni. Vous pouvez et devez forcer la désignation. Le silence ou l’inaction est une rupture des engagements conventionnels. La première étape est d’identifier, sur la base des règles d’occupation, quel assureur devrait être gestionnaire. Ensuite, une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, citant explicitement la convention IRSI, est une arme redoutable. Elle formalise le manquement et fixe un délai pour que l’assureur prenne ses responsabilités. Cette démarche transforme votre attente passive en une exigence formelle et datée, créant une pression juridique et préparant le terrain pour des recours ultérieurs si l’inertie persiste.

Loin d’être une simple formalité, cette convention définit des obligations précises que vous pouvez rendre opposables.

Financer les destructions nécessaires à la recherche

C’est l’un des points de blocage les plus fréquents : pour trouver l’origine d’une fuite, il faut parfois casser un mur, un carrelage ou un coffrage. La question devient alors : qui paie ? La réponse apportée par la convention IRSI est sans ambiguïté et constitue un droit fondamental pour le sinistré. Depuis une évolution majeure en 2020, la recherche de fuite est réputée garantie et sans franchise, quelles que soient les dispositions de votre contrat d’assurance. Cela signifie que les frais de destruction (la « casse ») nécessaires pour localiser la source du problème sont systématiquement couverts par l’assureur gestionnaire.

Cette garantie s’étend même aux contrats de simple responsabilité civile, comme ceux des propriétaires non-occupants. Comme le précise l’analyse de la convention, les dégâts causés par la recherche de fuite, comme la destruction d’une cloison pour accéder à une canalisation, sont inclus. Il ne s’agit pas d’une faveur, mais d’une obligation. Pour sécuriser cette prise en charge, votre rôle est de documenter méticuleusement l’état des lieux avant toute intervention destructive. Prenez des photos datées, des vidéos, et faites préciser sur le devis du plombier que ces destructions sont « indispensables à la recherche de fuite ».

Propriétaire documentant méticuleusement l'état d'un mur avant travaux de recherche de fuite

Cette documentation constitue votre charge de la preuve. Elle rendra toute contestation ultérieure de l’assureur sur la nécessité des destructions beaucoup plus difficile. Vous transformez une intervention potentiellement litigieuse en une procédure encadrée, où l’assureur est contraint de financer les investigations, conformément aux règles de l’IRSI.

Cette distinction est la clé pour ne pas avancer de frais qui ne vous seront jamais remboursés.

Distinguer recherche de fuite et réparation

Une fois la fuite localisée grâce aux investigations (potentiellement destructives) prises en charge par l’assureur, une distinction fondamentale doit être opérée : celle entre la recherche de fuite et la réparation de sa cause. La convention IRSI et les contrats d’assurance habitation sont clairs : l’assureur couvre les conséquences du sinistre, pas son origine. Autrement dit, l’assureur paie pour trouver la fuite et pour réparer les murs, sols et plafonds endommagés par l’eau. En revanche, la réparation de l’élément défectueux lui-même (le joint usé, le tuyau percé, le siphon cassé) n’est généralement pas couverte.

Cette réparation incombe au propriétaire de l’installation défaillante : le copropriétaire si la fuite provient d’une canalisation privative, ou le syndicat de copropriété si elle émane d’une partie commune (colonne d’évacuation, par exemple). Comprendre cette nuance est capital pour éviter les mauvaises surprises. Le plombier doit donc émettre deux documents distincts : une facture pour la « recherche de fuite » (à transmettre à l’assureur gestionnaire) et un devis pour la « réparation de la cause » (à adresser au responsable concerné). Le tableau suivant synthétise cette différence cruciale.

Recherche de fuite vs Réparation selon la convention IRSI
Aspect Recherche de fuite (couverte) Réparation (non couverte)
Définition Localisation de l’origine de la fuite Remise en état de la canalisation
Prise en charge Garantie sans franchise depuis 2020 À la charge du propriétaire ou du syndicat
Destructions liées Incluses dans la garantie Exclues (sauf mesures conservatoires urgentes)
Montant limite Prise en charge dans le cadre de l’enveloppe IRSI Aucun plafond, mais non couverte par l’assurance Dégât des Eaux

Cette séparation nette des coûts est un principe fondamental de la gestion de sinistre. Comme le rappelle une analyse de la convention, l’assureur est en effet là pour rembourser les dégâts causés par le sinistre, et non pour entretenir ou rénover les installations vétustes. En maîtrisant cette distinction, vous adressez la bonne facture à la bonne personne, accélérant ainsi la résolution globale du sinistre.

Cette clarté vous permettra de vous concentrer sur la réparation des dommages indemnisables.

Éviter les frais de déplacement abusifs

Dans l’urgence d’un dégât des eaux, il est tentant d’accepter le premier devis venu. C’est une erreur qui peut coûter cher, notamment à cause de frais de déplacement ou de diagnostic parfois gonflés. Certains professionnels peu scrupuleux profitent de la situation de stress pour facturer des forfaits excessifs. Cependant, vous avez des moyens concrets pour identifier et contester ces pratiques. La vigilance s’impose dès la lecture du devis. Des lignes comme « frais de diagnostic » ou « forfait déplacement d’urgence » doivent immédiatement attirer votre attention.

Un coût de déplacement dépassant 50€ en zone urbaine ou un forfait de recherche de fuite sans détail de l’heure de main-d’œuvre sont des signaux d’alerte. Face à un devis qui vous semble suspect, votre premier réflexe doit être de demander une décomposition détaillée : quel est le taux horaire ? Combien de temps est estimé ? Quel matériel spécifique sera utilisé ? Cette simple demande a souvent un effet dissuasif. Refusez systématiquement les doublons, comme la facturation de « petit matériel » en plus d’une liste de consommables déjà chiffrée. N’hésitez pas à négocier avant toute signature et à mettre le devis en concurrence. La meilleure défense reste l’information et l’action préventive.

Votre plan d’action pour valider un devis d’intervention

  1. Analyser les lignes suspectes : repérer tout forfait de diagnostic supérieur à 150€ ou des frais de déplacement dépassant 50€ en zone urbaine, qui sont souvent des indicateurs de surfacturation.
  2. Exiger une décomposition détaillée : demander systématiquement le coût horaire de la main-d’œuvre, le temps d’intervention estimé et le prix de chaque matériel qui sera utilisé.
  3. Comparer avec les tarifs de référence : consulter les grilles tarifaires disponibles auprès des chambres de métiers et de l’artisanat de votre département pour avoir un ordre de grandeur.
  4. Identifier et refuser les doublons : ne pas accepter des lignes vagues comme « forfait fournitures » si les pièces et consommables sont déjà listés et facturés séparément.
  5. Négocier fermement avant de signer : sur la base de ces éléments, proposez un forfait global raisonnable ou demandez à l’artisan de s’aligner sur un devis concurrent que vous aurez obtenu.

Cette rigueur vous protège contre les abus et garantit que l’indemnisation de l’assurance couvrira bien les frais légitimes.

Gérer la surconsommation d’eau

Une fuite non détectée pendant plusieurs jours ou semaines peut entraîner une conséquence financière désastreuse : une facture d’eau explosive. Cette surconsommation est un dommage immatériel directement lié au sinistre, mais beaucoup de copropriétaires ignorent qu’ils peuvent obtenir un dégrèvement. La loi, en l’occurrence la loi Warsmann, vous protège. Ce dispositif légal permet de plafonner votre facture si la surconsommation est due à une fuite sur une canalisation privative, c’est-à-dire après le compteur d’eau.

Le mécanisme est simple : votre facturation est limitée au double de votre consommation moyenne des trois dernières années. Pour activer ce levier juridique, la réactivité est la clé. Dans le mois qui suit la notification de surconsommation par votre fournisseur d’eau, vous devez lui adresser un dossier complet. Ce dernier doit impérativement contenir une attestation du plombier précisant la localisation de la fuite et sa date de réparation. C’est la preuve que le problème est résolu. Joignez également les factures des trois dernières années pour établir votre consommation de référence. Cette démarche, encadrée par l’article L2224-12-4 du Code général des collectivités territoriales, est un droit opposable.

Analyse comparative de factures d'eau sur plusieurs années pour démontrer une surconsommation anormale

La surconsommation d’eau représente une part non négligeable du coût total d’un sinistre, qui s’élève en moyenne à 1500€ par incident selon les estimations des assureurs. En utilisant la loi Warsmann, vous ne demandez pas une faveur, vous exercez un droit qui allège considérablement la charge financière imprévue liée au dégât des eaux.

Cette connaissance est une protection directe pour votre portefeuille.

Obtenir l’accord tacite de l’assureur

Le silence de votre assureur est l’une des situations les plus frustrantes. Les semaines passent, l’humidité persiste, et vous n’avez aucun accord sur le devis de réparation des dommages. C’est ici qu’intervient le levier le plus puissant à votre disposition : la procédure de l’accord tacite. Cette technique consiste à transformer le silence de l’assureur en une approbation implicite, mais juridiquement opposable. Elle vous permet de reprendre la main et de lancer les travaux sans attendre un accord formel qui ne vient pas.

La méthode est rigoureuse mais redoutablement efficace. Vous devez envoyer le devis détaillé des travaux de réparation (peinture, sols, etc.) à votre assureur par lettre recommandée avec accusé de réception. Dans ce courrier, vous devez mentionner une phrase clé, par exemple : « Conformément à nos échanges, je vous soumets ce devis pour accord. Sans réponse défavorable de votre part sous un délai de 15 jours à compter de la réception de ce courrier, je considérerai votre accord comme acquis et lancerai les travaux. » Cette démarche est reconnue, notamment par des organismes comme France Assureurs qui encadre les bonnes pratiques du secteur.

Conservez précieusement l’accusé de réception, qui est la preuve de la date de début du délai. Une fois le délai écoulé (ajoutez quelques jours de sécurité pour les délais postaux), le silence de l’assureur vaut acceptation. Vous pouvez alors engager les travaux. L’assureur ne pourra plus contester le principe de la prise en charge, tout au plus le montant s’il est manifestement excessif, d’où l’intérêt d’un devis raisonnable. Cette procédure est un renversement de la charge de l’action : ce n’est plus à vous d’attendre, c’est à l’assureur de se manifester s’il veut s’opposer.

C’est l’arme anti-procrastination par excellence.

Contester les régularisations d’énergie

Après un dégât des eaux, l’assèchement des murs et des sols nécessite souvent l’utilisation prolongée d’appareils énergivores comme des déshumidificateurs professionnels ou des radiateurs d’appoint. Cette phase, indispensable pour éviter l’apparition de moisissures, engendre une surconsommation d’électricité ou de gaz significative. Ce coût est un dommage immatériel consécutif au sinistre et doit, à ce titre, être indemnisé par votre assureur. Or, prouver ce surcoût était autrefois complexe. Aujourd’hui, les compteurs communicants comme Linky ou Gazpar sont vos meilleurs alliés.

Ces outils vous donnent accès à un historique de consommation très précis, parfois à la demi-heure près, via votre espace client en ligne. Ces données constituent une preuve irréfutable de la surconsommation liée à l’assèchement. Vous pouvez facilement extraire un graphique ou un tableau montrant une augmentation drastique de votre consommation durant la période d’utilisation des appareils, par rapport à votre consommation habituelle. Un cas concret illustre bien ce principe : suite à un sinistre en début d’année, un assuré a pu démontrer via son compte Enedis une augmentation de 340% de sa consommation électrique sur six semaines. Cette preuve factuelle lui a permis d’obtenir une indemnisation de 450 € au titre des dommages consécutifs.

Ne considérez donc pas cette augmentation de facture comme une fatalité. Documentez la période d’utilisation des appareils d’assèchement (photos, attestations du prestataire) et comparez-la avec vos données de consommation. Présentez un dossier chiffré à votre assureur en demandant l’indemnisation de ce préjudice. Vous transformez une donnée technique en un argument financier incontestable.

C’est un moyen efficace de faire valoir l’intégralité de votre préjudice.

À retenir

  • Droit à la prise en charge : La recherche de fuite et les destructions associées sont une garantie systématique et sans franchise sous la convention IRSI.
  • Levier contre le silence : La procédure d’accord tacite par lettre recommandée transforme l’absence de réponse de l’assureur en une approbation pour lancer les travaux.
  • Protection financière : La loi Warsmann vous permet de plafonner une facture d’eau explosive due à une fuite, et les données Linky peuvent prouver une surconsommation d’énergie indemnisable.

Synthèse des actions : de la mesure conservatoire au financement

Tout au long de ce guide, nous avons vu que la gestion d’un dégât des eaux n’est pas une fatalité subie, mais une procédure que vous pouvez maîtriser et orienter. La clé réside dans la distinction entre les interventions d’urgence, les réparations de fond, et les actions juridiques qui contraignent les assureurs. Les mesures conservatoires sont les toutes premières actions à mener, souvent sans même attendre l’accord de l’assureur. Il s’agit de tout ce qui permet d’éviter l’aggravation des dommages : pomper l’eau, bâcher une toiture, ou mettre en place un système d’assèchement. Ces frais sont généralement avancés puis remboursés sur simple présentation de la facture, car ils protègent les intérêts de toutes les parties, y compris ceux de l’assureur.

Le financement immédiat de ces mesures est souvent facilité par les assureurs eux-mêmes, qui peuvent proposer des entreprises partenaires pour éviter toute avance de frais. Comme le souligne une communication d’AXA Assurances :

En faisant appel à nos entreprises partenaires, vous n’aurez aucun frais à avancer au-delà de la franchise prévue dans votre contrat

– AXA Assurances, Guide de gestion des dégâts des eaux

Ce tableau résume la différence fondamentale d’approche entre l’urgence et le fond.

Mesures conservatoires vs Réparations définitives
Type d’intervention Mesures conservatoires (prises en charge) Réparations définitives (soumises à accord)
Exemples Bâchage, pompage, assèchement, mise hors d’eau Peinture, parquet, placo, carrelage
Délai d’intervention Immédiat sans accord préalable Après expertise et validation du devis
Financement Remboursement sur facture ou pas d’avance via partenaire Après accord sur le montant d’indemnisation
Justificatifs requis Photos + facture d’urgence Devis détaillé + rapport d’expert

Votre stratégie doit donc être séquentielle : agir immédiatement pour stopper l’aggravation, puis utiliser les leviers de la convention IRSI, de la loi et des procédures formelles pour imposer un rythme et obtenir le financement des réparations définitives. Chaque action documentée, chaque courrier recommandé, chaque délai que vous fixez vous fait sortir de la posture de victime pour endosser celle de gestionnaire de votre propre dossier.

L’étape suivante consiste à appliquer méthodiquement ces principes. Évaluez dès maintenant les mesures conservatoires à prendre et engagez les procédures pour faire valoir vos droits sans plus attendre.

Rédigé par Sophie Delacroix, Ingénieure en prévention des risques et spécialiste des sinistres habitation majeurs depuis 12 ans. Elle excelle dans l'analyse des dégâts des eaux, incendies et l'évaluation des biens immobiliers et mobiliers.